Avoir un bébé

Est ce qu’on aime son enfant tout de suite ?

Pied de bébé dans l'herbe
Ecrit par Cath

Vous êtes enceinte ou avez le projet de le devenir ? Vous vous êtes déjà posé cette question « Est ce que je vais aimer mon enfant ? » ou encore « Et si je n’aimais pas mon bébé ? » ou pire « Et si mon enfant ne m’aimait pas ? »… Si oui, alors vous pouvez être sure d’une chose, c’est qu’on est au moins deux à s’être posée ces questions.

J’ai toujours voulu avoir une famille, mais, avoir une famille et faire un bébé, bizarrement, pour moi, ce n’était pas du tout la même chose. Quand Amour a commencé à me parler bébé j’ai tout revue d’un coup, mon enfance solitaire dans la cours d’école, mon adolescence conflictuelle avec ma mère, ma vie actuelle où je me sentais enfin bien telle quelle. Ce petit équilibre précaire qu’était ma vie, me comblait parfaitement, ajouter un nouveau né dans l’affaire me semblait risqué. De plus, et peut-être est-ce très matérialiste de ma part mais, même mon physique me plaisait enfin comme il était et je n’avais aucune envie de « déformer mon corps pour un bébé ».

Je viens d’une famille où on m’a toujours dit que les enfants apportaient bonheur et plénitude dans un couple, pire encore, j’ai souvent entendu « un couple sans enfant est un couple stérile ». Pourtant, mon couple n’avait rien de stérile, et les enfants des autres, m’apportaient… soyons francs, très peu de bonheur et de plénitude. A ça, tout le monde me répondait « quand ce sera le tien, ce sera différent ». Autant vous dire que la survie de l’espère humaine ne tient qu’à cette phrase au final.

Donc, ma mère, ma belle mère, et toutes les autres mères autour savaient me dire « oui tu vas en chier, mais c’est tellement bien ». Pourtant, j’avais l’impression d’être d’une autre génération, dans un entre deux, entre ces jeunes qui aujourd’hui ont plus de facilité à se barrer au bout du monde pour se faire « une expérience », et ces moins jeunes qui ont comme but de s’installer pour construire leur nid. Mais, la vie n’attend pas toujours qu’on ai pris une décision pour vous faire avancer. Et pour moi, c’est une journée de mars, en 2016 qu’elle m’a mis un bon coup de pied au cul.

Ce jour là, j’ai fait un test de grossesse. Nous avions notre maison, un boulot stable tous les deux, l’âge de faire des enfants sans problème… Ce petit trait rose aurait due, selon la croyance populaire, me faire sauter de joie. Mais rien. Pas de joie, pas de révélation « je vais être maman, whaaa ». Non, j’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à digérer l’information. Je n’en ai pas parlé à mes parents, juste à mon frangin et quand les amis l’ont découvert, ils étaient presque plus heureux que moi.

Première conclusion : Non, on n’aime pas un enfant sur le résultat d’un test de grossesse. Enfin, pas moi en tout cas.

J’ai alors fait ce qu’on appel un baby blues. Oui je sais, vous pensez que c’est une fois le bébé né, le baby blues. Et bien non, il y a autant de femme à faire une petite dépression avant la naissance qu’après. Il parait que c’est normal… Mais, on en parle moins, c’est moins justifiable, on devrait être heureuse, on porte la vie, on va être maman, on va fonder une famille, tenir bientôt la vie d’un petit être dans ses bras… oui bah moi, c’est tout ça qui m’a foutue le track ! En plus, il faut s’attendre, dans les 3 premiers mois à vivre une fatigue jamais égalée ! Je n’ai jamais été si fatiguée que les 3 premiers mois de ma grossesse. Ajoutez à ça que le corps donne tout ce qu’il a à l’enfant, bah, toi, t’es tellement à la ramasse que tu chopes toutes les crèves qui passent, ce qui n’arrange en rien ton état de fatigue. Ça n’a pas été mon cas, mais certaines vomissent aussi tripes et boyaux. Alors non… je n’aimais toujours pas ce bébé, même une fois l’annonce de la grossesse faite.

Vers 4 mois de grossesse j’ai doucement réussi à me faire à l’idée, j’ai presque été impatiente de le rencontrer. Et puis, j’avais ce projet de naissance qui me tenait à cœur, il m’a permis de fonder une sorte d’équipe avec Amour et l’enfant à venir. Malheureusement, au cinquième mois, et bien que je ne soit pas de celle qui se sont arrondie très vite et de trop, mon corps s’est mis à faire de la place pour le bébé. Je n’avais ni l’air d’une femme enceinte, ni mon corps d’avant, enfaite, on aurait pu croire que je commençais juste à me laisser aller… J’ai mal vécue cette période, et pareil, impossible de se faire entendre de l’entourage, tout le monde te sort que c’est normal, que t’es pas si grosse que ça, qu’on voit même pas que t’es enceinte de dos. Et encore une fois, bien que ce soit surement de parfaite vérité, je n’y croyais pas. C’est vrai quoi, j’ai passé près de 15 ans à tenter d’avoir un corps acceptable, et là, un petit habitant me chamboulait tout.

Enfin, vint le moment où le doute n’était plus possible, je frôlais les + 20kg sur la balance, sans pour autant manger beaucoup plus/mal que d’habitude. Seulement mon corps a pris très à cœur la mission de mettre de côté pour quand le bébé serait là. J’ai rapidement arrêté de me peser, fais le deuil de ma taille 36 et succombé à l’impatience de faire sortir cet alien hyperactif de mon ventre.

Ha oui, parce que, si vous n’avez pas le déclic « amour maternel » tout de suite, vous allez surement vous dire que, « quand je sentirai le bébé bouger, ça va devenir concret, je vais l’aimer ». Alors… oui c’est marrant, intrigant, émouvant de sentir bébé bouger, mais c’est le début ça. Parce que, dans mon cas, il a rapidement commencé à chercher les limites de son environnement (comme si ce n’était pas clair !), surtout en prenant appuie avec ses pieds dans mes côtes ! Et là non plus, je ne me suis pas sentie attendrie ou autre, je ne pouvais pas l’aimer, il me faisait mal de l’intérieur.

Pourtant, je savais qu’il était là, je faisais de l’haptonomie pour entrer en contact avec mon bébé et un réel lien s’est établi au fil des semaines. Pourtant, ce n’était toujours pas de l’amour.

Il ne me restait alors qu’à espérer qu’à sa naissance, quelque chose se passe enfin pour que j’aime mon enfant. Mais cette étape, que j’avais espéré douce et intime dans la chaleur de ma maison, s’est transformée en opération d’urgence dans un hôpital après environ 70 heures de travail…  On a décidément jouer de mal chance mon fils et moi… Et c’est peut-être toutes ses questions que je me posais sur notre lien à venir qui ont envenimé les choses. Je suis du genre à cogiter, et si vous lisez ça, c’est probablement que vous aussi… Mais, dans le processus de naissance, l’esprit est l’ennemi du corps.

Finalement, mon fils est né et je n’ai toujours pas senti le déclic. L’hôpital a étouffé ce qui aurait pu éclore naturellement, et une fois à la maison, la rencontre ne s’étant pas encore faite, nous ne savions vraiment pas nous comprendre. Les deux premiers mois de sa vie ont été les pires de la mienne, et voilà le deuxième baby blues… Je n’étais pas déprimée qu’il ne soit plus « dans mon ventre » comme on peut entendre parfois, j’étais abattu d’avoir raté la naissance de mon enfant. Et du coup, j’étais malheureuse, fatiguée, impuissante et tellement seule. Le genre de solitude qui appelle à la solitude pour aller mieux, sauf qu’un bébé, ça s’en cogne de vos états d’âme, une fois sortie, c’est vous le destinataire de tous ces cris. Le papa peut faire du mieux qu’il peut, ça n’arrange rien tant que vous n’avez pas admis une chose, le congé maternité, ce n’est pas pour vous remettre… c’est pour le bébé.

J’ai compris ça en retournant voir l’haptothérapeute. Il m’a juste dis que mon bébé pouvait pleurer, qu’il n’en souffrirait pas tant que je ne l’abandonnais pas, et tant que je lui expliquais que j’étais là, mais que j’avais autre chose à faire dans l’immédiat (me doucher, manger, aller aux toilettes, ce genre de chose qui me paraissait être un luxe inabordable après la naissance). Enfaite, j’ai commencé à aimer mon fils quand j’ai compris que je ne devais pas être une maman, que je devais juste être moi tout en assurant sa sécurité et son bien être, sans oublié le mien. Et pour ce faire, j’ai rentré le bois pour l’hiver… sortir, me fatiguer pour une bonne raison, « oublier » quelques minutes par jour mon bébé, ça a été ma thérapie pour sortir le nez de cette histoire.

Et aujourd’hui, je ne saurai comment l’expliquer, mais j’aime mon bébé. Pas comme j’aime mon mari, ma famille ou mes amis, non, lui c’est autre chose, plus inconditionnel… Et je crois que ce sentiment est né au fil de ses sourires, de ses rires et de ses premiers câlins. Des choses qui ne viennent pas dans les premiers jours… enfin, toujours dans mon cas. Il m’aura fallut environ 2 mois après sa naissance pour enfin ressentir de l’amour pour mon bébé alors je pense qu’il est important de le dire, de ne pas succomber à cette pseudo honte de la mère indigne. Moi, j’aime mon fils, ok, ça a pris du temps, ok, je ne voulais pas vraiment tomber enceinte… mais aujourd’hui, je ne regrette rien de cette nouvelle vie qui a changé la mienne. Oui, il a changé ma vie, il ne m’a pas changé moi, je reste la même, sauf que mon cœur est un peu plus grand qu’avant.

Je conclurai en disant que si on ne nous truffait pas la tête avec des idées toute faite d’amour maternel, d’instinct protecteur, de « normalité », peut-être que les gens comme moi n’auraient pas à se poser de question, peut-être qu’on attendrait juste de rencontrer notre enfant, de le découvrir, et de laisser opérer le charme. Parce qu’au lieu de nous conter des histoires de mère aimante et dévouée, on nous laissait découvrir quelle mère nous allons devenir, ça simplifierait la tâche de bon nombre de femme. Je ne suis pas comme ma mère, ni encore comme  ma belle mère ou mes belles sœurs, et pourtant, j’ai cru que je devrai leurs ressembler pour être une bonne mère. J’ai cru que je devrai dire adieu à ma personnalité pour me transformer en une maman, alors qu’en fait, être la maman de son bébé, c’est juste une évolution. C’est garder le socle commun qu’est notre caractère, et y ajouter les responsabilités d’être parent, et la plupart du temps… c’est aussi saupoudrer le tout d’amour, à un moment, ou un autre…

J’espère que cet article/témoignage pourra soulager les esprits torturées d’une ou deux personnes. On ne deviens pas mère en lisant le résultat d’un test de grossesse… on apprend à l’être au contact de son enfant.

A propos de l'auteur

Cath

Écrire, c'est mettre à plat le bordel qu'on a dans la tête. Depuis qu'on a quitté Paris pour la Bretagne, du bordel, il y en a dans ma tête !

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